PS Sciences Po - Jean Zay

Pour une réponse réaliste d’une société humaniste au terrorisme

Le par

Ce mardi matin, à Saint-Etienne du Rouvray, l’horreur terroriste a de nouveau frappé. Après nos journaux, après nos stades, nos terrasses et nos salles de concert, après nos forces de l’ordre, après notre 14 Juillet, c’est une petite ville d’une périphérie d’agglomération qui a été touchée. Un seul homme est tombé ce mardi, mais à travers cet homme qui avait consacré sa vie au service de la fraternité et de la paix, portant un message dénué de haine ou de préjugé, c’est une nouvelle communauté qui a été touchée, et la France qui est une fois de plus endeuillée.

Ce terrorisme djihadiste, téléguidé par l’Etat Islamique, qui frappe la France aujourd’hui, frappe aussi le reste du monde: l’Allemagne, l’Irak, l’Afghanistan, les États-Unis, la Tunisie… Ce problème est mondial et pourtant la réponse attendue est avant tout nationale.

Il y a d’abord un constat, flagrant, d’échec. Qu’importe toutes les actions déjouées, chaque fois que des individus réussissent à passer à travers les mailles du filet, le sentiment d’impuissance et d’échec total refait surface.

Mais ce n’est pas tant l’échec des services de police, de lutte contre le terrorisme, que l’échec d’une société, qui n’a su intégrer, qui a élevé en son sein, ceux qui aujourd’hui la poignardent.

Il n’est évidemment pas possible de positionner un militaire devant chaque lieu de culte, un policier devant chaque salle de spectacle, un gendarme à chaque coin de rue. Si des leçons doivent être tirées (on peut se demander les motivations qui ont amené un juge à remettre en liberté surveillée un des auteurs de l’attentat de ce mardi, contre l’avis du parquet), il faut aussi garder en tête que malgré tous les efforts effectués, le risque sera toujours présent.

Puisque c’est de guerre dont tout le monde parle, puisque de nouveaux attentats nous paraissent malheureusement probables, alors créons une méthode de riposte efficace: en posant sereinement la question de notre réaction face à la barbarie, nous sortons de la surenchère sécuritaire et des divisions… et alors, nous seront à même d’élaborer une stratégie de long terme qui ne peut qu’être plus efficace que des actions mal préparées, annoncées dans l’urgence et non évaluées.

Cette stratégie pourrait être établie par un conseil d’union nationale concentré sur la question de la défense et de la sécurité, regroupant des parlementaires de la majorité et de l’opposition, ainsi que des expert.e.s reconnu.e.s de tous. Cela ne signifie pas que les différences entre la droite et la gauche n’existent plus ; elles continueront d’exister sur de nombreux sujets, y compris sur la sécurité, mais l’objectif d’une union nationale sur cette question permet de sortir des enjeux politiciens de court terme pour mettre au-dessus de tout la sécurité et l’intégrité de la nation.

L’échec plus profond dont la classe politique doit se saisir avec au moins autant d’empressement qu’elle ne le fait sur les questions purement sécuritaires, c’est celui de l’intégration. Les aspirants djihadistes et ceux qui passent à l’acte depuis plus d’un an, en France, ont pour la très grande majorité grandi sur notre territoire, sont des citoyens de ce pays. Casser les ghettos urbains et le sentiment de relégation, lutter contre les inégalités et les discriminations, permettre l’intégration de tou.te.s autour d’une histoire et de valeurs partagées… Des milliers de pages ont été écrites sur ces différents sujets, et nous n’avons pas la prétention d’avoir à nous seuls les clés d’une réussite, qui se mesure sur le long terme.

Nous savons cependant que cette lutte contre le terrorisme se gagne en s’attaquant aux racines de la radicalisation, c’est à dire en recréant un lien qui unit l’ensemble des territoire à la République. Récépissé des contrôles d’identité, CV anonyme, rénovation des écoles dans les territoires défavorisés, investissement massif dans l’éducation, dans la culture, dialogue autour de l’histoire coloniale… autant de pistes pour une meilleure cohabitation.

La Responsabilité des médias, pendant et après les attaques terroristes est immense, leur rôle dans la lutte contre la propagande et les visées djihadiste est extrêmement importante. L’élaboration d’une charte entre les médias, les services de renseignement, les ministères de la Défense et de l’Intérieur, ainsi que les expert.e.s de la propagande djihadiste, pour contrecarrer au maximum celle-ci pourrait être pertinent.

Ne pas montrer les scènes de massacre, ne pas relayer les images de propagande, éviter de laisser trop de place aux réactions à chaud et à l’émotion, garder l’anonymat des terroristes pour ne pas en faire de martyrs, ne pas relayer de rumeurs, imposer des messages d’apaisement et des consignes de sécurité… les méthodes les plus efficaces devront être déterminées, mais une fois cette charte élaborée et acceptée par tous, les écarts doivent être sanctionnées.

Enfin, il y a aussi ce à quoi nous ne devons pas renoncer. Si nous sommes attaqués, c’est en partie parce que nous représentons aux yeux du monde le pays des droits de l’homme, parce que la démocratie, l’Etat de droit, la protection des libertés, sont des réalités. Y renoncer serait déjà abdiquer face au terrorisme.

La question de l’état d’urgence et de son périmètre se pose inévitablement. Les dispositions actuelles, répondent à un besoin : perquisitionner plus rapidement, accélérer des procédures, démanteler des réseaux, mettre hors d’état de nuire des personnes menaçantes… depuis le 13 novembre, le gouvernement a fait le choix de déroger à certaines règles, tout en respectant le cadre constitutionnel.

Aller au delà, mettre en place un système de rétention préventive basée sur la suspicion (un « Guantanamo à la française »), déroger à la présomption d’innocence, serait contraire aux principes qui ont toujours guidé la France et qui nous valent à la fois l’admiration de certains et la haine d’autres.

Le cadre démocratique, la déclaration universel des droits de l’homme, notre constitution, forment un cadre qui doit rester infranchissable.

Ici, dans ce moment aussi critique, le politique doit reprendre ses lettres de noblesse qu’il a eu tendance ces derniers temps à troquer contre de la politique à la petite semaine. Il est temps de revenir à une parole qui préfère le fond et le débat à la forme et la polémique électoraliste.

C’est un véritable projet de société et de civilisation qui doit être porté. Un projet qui laisse sa place à chacun et à chacune des citoyens et des citoyennes qui veut y prendre part.

Un modèle qui privilégie l’inclusion de tou.te.s à l’exclusion de quelques un.e.s ; un modèle qui refuse la peur, la stigmatisation, les amalgames…

Une société qui regarde avec lucidité son histoire, qui prend en compte chacune et chacun de ses concitoyens, qui refuse de se couper du reste du monde et qui au contraire, riche de son histoire, riche de ses cultures continue de rayonner.

 

Dans le cas contraire, après qu’ils aient pris la vie de nos proches, après qu’ils aient levé en nous cette peur bien présente, nous perdrions tout ce qu’il nous reste et leur victoire serait complète.

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