PS Sciences Po - Jean Zay

Quel modèle agricole pour l’humain, l’animal et l’environnement ?

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La France peut être fière de ses produits agricoles. Grâce aux normes européennes, qui sont les plus contraignantes au monde, et aux indications géographiques (AOC, AOP…), les produits de nos terroirs sont d’une qualité mondialement reconnue qui permet à notre agriculture de réaliser chaque année un excédent commercial de 11 milliards d’euros.

Mais le fait d’exporter les produits caractéristiques de nos terroirs vers des pays qui bien souvent ne possèdent pas notre savoir-faire ni notre qualité ne doit pas se faire au détriment d’objectifs tels que l’autonomie alimentaire de la France, la réduction de l’impact environnemental de l’agriculture, le maintien de revenus suffisants pour les producteurs et le bien-être animal. Aujourd’hui règne encore un esprit particulier à la France, où la production repose sur des fermes de tailles moyennes. Face aux difficultés et aux défis actuels, qui nous invitent à repenser notre modèle agricole, ce modèle français doit persister tout en s’adaptant pour garantir un développement durable à tout point de vue.

Actuellement, l’agriculture est à l’origine d’un cinquième des émissions de gaz à effet de serre de la France, et une réflexion sur notre modèle alimentaire ne devrait pas être taboue. De même, il est utile de rappeler que le modèle productiviste a des conséquences néfastes tant sur la nature (que l’on pense à l’impact des pesticides sur les insectes pollinisateurs) que sur les producteurs, qui sont mis en concurrence dans une course au prix le plus bas. Cela vaut aussi pour les animaux, dont les conditions d’élevage peuvent et doivent être améliorées. L’agriculture de demain aura besoin de l’intervention publique pour émerger, mais aussi et surtout du consommateur, car c’est lui qui détient l’argent et donc le pouvoir. Répondre aux enjeux humains, animaux et environnementaux de l’agriculture passe par une somme d’actions individuelles soutenant une agriculture de proximité et à taille humaine qui tende vers un modèle biologique ou raisonné ; qui, agglomérées, promeuvent un modèle de qualité, en bref, durable d’un point de vue économique, social et environnemental.

Faire émerger un modèle agricole renouvelé est indispensable, tant l’agriculture reste un maillon essentiel de la survie de territoires ruraux, permettant l’émergence d’un certain tourisme (pensons par exemple aux prairies des flancs montagneux) et le maintien d’une économie extrêmement fragile. Malheureusement le modèle agricole actuel est en perdition : des milliers d’exploitations se retrouvent sans propriétaires. Ce modèle d’exploitations familiales, héritées, ne pourra survivre à notre temps car l’investissement initial pour un jeune voulant se lancer dans la profession est trop coûteux et trop peu rentable, alors que les conditions sont extrêmement difficiles. C’est là qu’est le rôle clé de l’Etat : celui d’une puissance qui encourage les jeunes à se lancer et à reprendre des exploitations, par l’éducation comme par l’aide financière. Le modèle coopératif à petite échelle doit aussi pouvoir se développer pour garantir aux agriculteurs une solidarité (faut-il rappeler que les agriculteurs sont parmi les plus touchés par le suicide ?) et un poids réel face aux acheteurs.

Enfin, à l’heure où nous débattons de la région que nous voulons pour les prochaines années, il est nécessaire de rappeler que l’agriculture dans les zones périurbaines ne doit pas être abandonnée face à la pression immobilière. Des espaces comme le plateau de Saclay sont aujourd’hui abandonnés pour répondre à l’accroissement perpétuel de la métropole parisienne. Sur des terres qui sont parmi les plus productives au monde, imaginer des cultures céréalières est impossible car cela serait tôt ou tard rongé par le bétonnage. Ce qu’il faut, c’est développer dans ces espaces des poches d’exploitations maraîchères, beaucoup plus rentables financièrement car elles assurent au producteurs des débouchés locaux, et un lien direct avec le consommateur. Là encore la puissance publique a un rôle clé à jouer pour construire le modèle agricole de demain.

Séraphin Elie

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