PS Sciences Po - Jean Zay

La social-écologie : intégrer l’écologie à un modèle fondé sur la justice sociale

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La question des pollutions environnementales comporte en réalité deux aspects : l’aspect climatique et purement environnemental des niveaux de pollution tolérable pour garder un environnement vivable d’une part ; et la question sociale des inégalités face aux pollutions environnementales d’autre part.

La social-écologie intègre cette deuxième dimension en démontrant qu’on peut et surtout qu’on doit concilier justice sociale et efficacité environnementale ; c’est la justice environnementale.

En effet, socialistes, nous sommes forcés d’être écologistes car les dérèglements climatiques et les poisons environnementaux touchent avant tout les plus faibles. Il y a dès lors une obligation morale à intégrer la perspective de la justice environnementale pour lutter contre le réchauffement et les dérèglements climatiques. Les zones les plus polluées sont habitées par les citoyens les plus pauvres et désavantagés qui ne peuvent se soigner correctement ni construire pour eux-mêmes des environnements sains. Ce sont ceux qui subissent déjà l’insécurité, le chômage, la précarité, qui n’ont pas accès à des espaces verts de qualité et à un environnement sain. De plus en plus d’études démontrent aussi que les dégâts faits à l’environnement touchent de façon particulière les femmes et les minorités ethno-raciales. La social-écologie ne se contente pas d’endiguer le réchauffement, elle veut que les dégâts environnementaux et les chances d’avoir un environnement sain soient également répartis, sans que les déterminismes sociaux se traduisent sur la santé des individus.

La stratification socio-économique, genrée et ethno-raciale détermine pour partie les impacts des pollutions sur la santé. Toutes les études sur la justice environnementale montrent en effet deux choses. La première, c’est que l’exposition aux pollutions reflète les inégalités sociales. Les afro-américains meurent en effet beaucoup plus de maladies cardiovasculaires liées au stress environnemental que les blancs aux Etats-Unis. La deuxième, c’est que notre condition sociale détermine en partie notre vulnérabilité à la pollution. Aux Etats-Unis par exemple, des études ont trouvé que le lien entre la pollution de l’air et l’asthme chez les enfants n’apparaissait que chez les enfants exposés à la violence. Donc l’environnement social accentue les effets des pollutions sur la santé. Or quelles sont les personnes les plus exposées à des environnements stressants et violents ? Les personnes modestes, qui se demandent comment elles vont rembourser leur crédit, comment elles vont finir le mois, si elles ne vont pas se faire agresser en sortant de chez elles… etc. Le phénomène est simple : plus vous êtes stressés, moins votre système immunitaire est performant, et plus les toxines des pollutions pénètrent votre corps. C’est la triple peine : pauvreté, incapacité à se fournir un environnement sain, plus grande vulnérabilité aux pollutions.

Pire encore, ces injustices environnementales sont cumulatives. On observe en effet un phénomène de désinvestissement dans les biens environnementaux là où vivent les pauvres et les minorités sociales. Quand il y a de la violence par exemple, vous ne sortez pas dans l’espace vert de votre quartier. Quand des chauffeurs de bus se font caillasser, les bus arriveront avec une moindre fréquence et avec des retards. De même, des contribuables pauvres auront moins accès à des investissements locaux qui améliorent leur vie quotidienne sur le plan environnemental (moins de moyens pour la lutte contre la pollution… etc).

C’est pourquoi la justice environnementale est au cœur de la social-écologie, et est le moteur de la mutation écologiste du PS. De la même façon que le PS a commencé à s’intéresser à l’insécurité quand il a compris que les plus vulnérables subissaient l’insécurité, notamment dans les quartiers, il s’intéresse désormais à l’écologie car ce sont ces mêmes plus vulnérables qui subissent de plein fouet les pollutions et les dérèglements climatiques. Il nous incombe de poursuivre cet effort de pédagogie auprès de nos camarades, mais aussi autour de nous, auprès de nos élus et de nos décideurs pour que demain cesse la triple peine (pauvreté, environnement pollué, effet renforcé de la pollution) qui pèse sur les plus faibles.

Paul Bonmartin

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